Que serait le système nerveux sans le coeur ? Un automate déconnecté de l’instant? Ma dernière transmission sur le coeur et la circulation en Body Mind Centering® m’ont confirmé la nécessité d’ancrer l’approche de la régulation du système nerveux dans une dimension de conscience du corps plus large, prenant en compte aussi les autres systèmes du corps : la structure, les organes…
Quand on observe le système nerveux pour clarifier nos états relationnels au monde (défensif, disponible), nous clarifions nos sensations, nos ressentis, nos comportements, nos états physiques, attentionnels, avec notre conscience. nous permet d’ouvrir à des possibilités de changement. Mais il arrive un moment où cette observation n’est plus un apprentissage mais devient une habitude limitante.
Car…bonne nouvelle, « nous » ne sommes pas seulement notre système nerveux.
Le coeur et le sang agissent, là sous notre conscience pour orienter notre énergie : les cellules appellent les nutriments et l’oxygène dont elles ont besoin, à travers des systèmes de pompe, de chimie. C’est un autre système d’information dans le corps, qui , à travers l’apport d’énergie, permet le métabolisme des fonctions vitales et l’action. Donc, sous notre conscience notre système fonctionne, vit.
Notre système nerveux est une fenêtre de conscience sur nous-même et sur le monde dans lequel nous évoluons. Pour cela, il enregistre en continu les sensations de tout notre corps, les mémorise et prédit des possibilités d’action à partir de cela.
Les capteurs locaux reçoivent une information, elles sont acheminées, ou pas, par les nerfs jusqu’au cerveau, puis elles sont traitées au niveau du cerveau par un mécanisme complexe, lié à notre état de l’instant présent et notre histoire. Ce traitement nous permet de réaliser une réponse motrice ( un mouvement, une orientation de nos sens, une immobilité).
Ces capteurs sensoriels se situent dans tous les tissus du corps : les os, les ligaments, les muscles, les organes, les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, la peau, les fascias… Ainsi notre système nerveux n’aurait pas lieu d’être s’il n’y avait pas toute une activité dans le corps, dans nos tissus, interne et en relation avec le monde environnant !
Parfois pour une même information de sensation (stimulus), le système nerveux donne la même réponse motrice , alors il renforce sa prédiction. D’autres fois pour le même stimulus, il enregistre d’autres réponses motrices ou orientations et cela permet une évolution. Nous faisons alors une nouvelle réponse. C’est l’apprentissage.
Que se passe-t-il quand nous mettons notre focus sur la conscience de l’état de notre système nerveux? A ce moment là, nous ralentissons, pour sentir, pour observer, pour laisser la place à la conscience de ce qui est en train de se passer en nous, dans nos sensations.
La conscience du système nerveux soutient :
- la conscience des états : activité/repos, orientation vers soi ou vers l’extérieur
- l’observation de ses réponses habituelles pour un même stimulus, ou des réponses nouvelles
- l’observation des signaux pour savoir si on se sent régulé, serein, ou dérégulé, paniqué.e, figé.e et ainsi la conscience de sa fenêtre de tolérance émotionnelle.
- la possibilité de s’ouvrir à un autre type de réponse pour un même stimulus.
La conscience de notre système nerveux permet ainsi de se réapproprier ses sensations, ses limites, la conscience de soi et son rapport au monde, et ainsi la possibilité de changer. Une étape indispensable dans notre évolution.
Dans ce moment là, l’énergie va au cerveau, car c’est lui qui est actif. Le cerveau appelle l’oxygène, le sucre, les nutriments, c’est à dire le sang, pour fonctionner au mieux. Et alors par un système de vases communicants, il y a moins de sang dans les muscles squelettiques, les os, les tendons, et les organes, donc moins d’énergie pour les processus métaboliques et pour l’action.
Il arrive un un moment où être conscient de notre système nerveux devient une habitude. Une habitude qui d’abord nous permet de construire une sécurité puis qui ensuite devient limitante par rapport à nos besoins d’évolution. Cela devient contreproductif. Car ce qui importe c’est d’agir, maintenant que l’on est en sécurité et conscient de ses limites et signaux d’alerte : agir pour s’orienter vers ses élans, vers ses intentions, vers l’action.
Et c’est là qu’il est nécessaire d’autoriser le sang à aller vers les organes et les muscles, et de laisser aller l’observation, de laisser aller le ralentissement qui permet cette observation. D’autoriser pleinement le mouvement spontané vers les membres vers l’action, et non plus vers le cerveau. Quand bien-même l’action est parfois d’écrire un article avec son cerveau et ses doigts qui pianotent sur un clavier d’ordinateur!
Laisser aller le sucre, l’oxygène, vers les organes et le système musculosquelettique. Les autoriser à être là, à agir à partir de ce que l’on sent, de ce que l’on ressent. A ce moment là, tout le corps est engagé dans l’action et c’est cela qui régule. C’est l’action motrice, qui permet d’enregistrer de nouvelles expériences.
« Un des facteurs que je considère essentiel quand il s’agit de sentir, c’est qu’on atteint un stade où on devient conscient, et puis on le laisse passer, de sorte que sentir n’est pas une motivation en soi, que notre motivation, c’est agir, sur la base de la perception. »
Bonnie Bainbridge Cohen, dans Sentir, ressentir, agir, page 151
Bref, il arrive un moment où il est important de se lâcher la grappe! Cela permettra d’ouvrir la porte à sentir notre corps en mouvement, nos perceptions dans l’action, nos organes et leurs besoins métaboliques. Se laisser guider par le flux pour faire ce qu’on a faire, au bon moment, pour expérimenter un équilibre dynamique entre agir, et se reposer.
(note : tout cela on l’explore et le cultive dans la pratique du Body Mind Centering®)
Reférences :
- Moukheiber A. (2024). Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveau. Allary Editions.
- https://www.youtube.com/watch?v=cED53sMPQoA Interview d’Albert Moukheiber par Fabrice Midal
- Stephen Porges
- Marlien
- Stanley Rosenberg
- Bonnie Bainbridge Cohen Sentir ressentir agir
- article pourquoi j’ai arrêté de travailler avec la théorie polyvagale
- Mabel Todd le corps pensant