Corps, discernement et politique : réflexions et ressources

Pendant ce confinement,confinée en solo et sans travail ni enfants à m’occuper, et en attente de la suite remise à plus tard, j’ai tout le temps de prendre le temps. Le temps de ne rien faire, ne pas être productive, le temps d’être avec moi, même si ça fait déjà plusieurs années que je suis déjà en train d’organiser mon temps, ma vie, mon « travail » dans cette direction.

Et en même temps que cet espace qui prend des airs de retraite dansée et sensorielle, à base d’explorations dansées en nature, d’exploration du système nerveux en mouvement et en lectures, de yoga du matin, de pratiques de respiration, d’écriture, de marche, d’observation de la nature en me laissant happer par un ver de terre ou un hérisson… une saine et vivante révolte se lève en moi : quelle forme prend ma contribution dans ce monde dont je vois tant les dysfonctionnements? Comment puis-je continuer à nourrir ce qui me semble contribuer au vivant, ET dénoncer, démonter, transformer ce qui ne prend pas soin du vivant? En moi, et dans le monde, en même temps? Je vis en ce moment qu’étant au plus proche de moi, chaque jour s’invite un peu plus de discernement sur mon vécu, et sur le monde plus large dans lequel nous vivons.

Mon corps-esprit, ce territoire qui me permet de « sentir, de ressentir, d’agir », comme le nomme si clairement Bonnie Bainbridge Cohen, (qui a développé la pratique du Body Mind Centering). Celui qui me permet d’être à l’écoute de ce qu’il se passe en moi, de donner forme à mes aspirations, de les mettre dans la matière, de dire oui au vivant qui se manifeste en moi, et de dire non à ce qui ne me convient pas, à ce qui injuste, quand je le vis, que ce soit en étant directement concernée ou témoin.

Dire oui au respect du vivant,  au pouvoir de chacun respectant celui de l’autre. Prendre son pouvoir sans prendre le pouvoir, à l’instar de nombreuses pratiques ou manière d’être au monde dans des champs différents qu’ils soient éducatifs, potagers ou décisionnels, je pense à la permaculture, à une parentalité engagée et positive, aux écoles démocratiques, à la sociocratie, aux entreprises libérées…

Dire non aux injustices, non aux prises de pouvoir, voilà ma révolte. Que ce soit le sexisme, le racisme, les violences verbales ou physiques vers les enfants, les lobbys pharmaceutiques, les lobbys agricoles, les violences policières… Mon outil ? mon corps, mes sensations, mon discernement, ma parole, mon action au quotidien et mes projets. En perdant ma connexion à lui, je perds mon ressenti, mon espace, intérieur, ma lucidité, mon pouvoir d’action.

J’entends à l’instant où j’écris cette phrase : « Résister et Aimer à la fois  » (un podcast à soi, charlotte Bien Aimée – le pouvoir des mères).

Alors dans cette dynamique de « résister et aimer », j’avais envie de partager quelques ressources qui en ce moment viennent m’ouvrir les yeux sur la réalité, parfois dure à voir, déconstruire mes croyances, nourrir ma réflexion, puis inspirer mon mouvement, qu’il soit purement expressif dans la danse, ou mis en forme dans le monde, pour nourrir notre discernement, déconstruire les oppressions, s’informer, construire la présence, et l’amour :

 

S’informer, nos corps et nos libertés de vécus et élargir nos points de vue

Nourrir la présence et le discernement :

Et puis tous les jours, faire une, deux, trois ou quatre pauses

et tout simplement, prendre le temps de gouter un inspir, un expir

ou prendre le temps une minute ou deux, de laisser le corps se mettre en mouvement de la manière dont il a envie de de se mettre en mouvement, sans jugement.

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Comment notre vie se transforme

« Il y a dans la nature quelque chose qui compose des tracés. Nous aussi, faisant partie de la nature, nous composons des tracés. L’esprit est comme le vent et le corps comme le sable; si vous voulez savoir comment souffle le vent, vous pouvez regarder le sable » (Bonnie Bainbridge Cohen in « Sentir, ressentir, agir » 1993)

J’aime comme cette citation nous rappelle simplement le lien inséparable entre corps et « esprit » ( entendons par esprit le « mind » anglais, quelque chose entre l’esprit, la pensée, l’état d’esprit qui n’offre pas de traduction en français.

J’aime comme cette citation nous invite à simplement aller à l’écoute de son corps pour modifier sa vie. Et inversement. Ce n’est qu’une danse d’écoute entre nous-même et nous-même.

Pour aller plus loin, dans mon expérience, ce n’est qu’en allant à la rencontre de mon corps par l’écoute des sensations et le mouvement qui en découle, en accueillant, observant et en laissant vivre (dans des contextes qui le permettent) les émotions qui restent malgré nous ancrées dans le corps, en observant mes pensées, mes imaginaires, en écoutant mes intuitions qui me guident vers l’écoute de ces champs précédents et vers des espaces d’intériorité où s’expriment toujours plus la vie, que je trouve la transformation profonde.

Et là, il suffit de laisser faire, il suffit de l’espace vide, du rien, pour laisser le corps faire son travail d’intégration. Parfois marcher, parfois danser en laissant le mouvement libre et à son rythme, se laisser dessiner, parfois juste observer la nature… S’offrir le temps de cet espace du vide pour laisser intégrer et laisser émerger la forme issue de cette transformation.

Alors bien sûr, ce n’est pas toujours évident de pouvoir accueillir. Par manque de temps, dans notre société où nous courrons après le temps. Et puis parfois nous ne le pouvons pas car cela nous met trop en insécurité. Parfois cela nous coupe de nos sensations. Et notre tête imagine toutes sortes d’interprétations, certainement justes ou parfois projectives. Alors accueillons cet endroit là, qui nous coupe de nos sensations, car il nous protège.  Et puis retournons à nos sensations physiques. Calinons-nous et offrons nous de la douceur dans cet accueil:)

Et pour terminer un poème de Rumi :

« L’être humain est un lieu d’accueil,
Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,
Une prise de conscience momentanée arrivent
Tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous
Même s’il s’agit d’une foule de regrets
Qui d’un seul coup balaye ta maison
Et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu’il soit, traite-le avec respect,
Peut-être te prépare-t-il
A de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance
Rencontre-les à la porte en riant
Et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant envers celui qui arrive
Quel qu’il soit,
Car chacun est envoyé comme un guide de l’au-delà. »

Djalâl ad-Dîn Rûmî
1207 – 1273

Manuel à destination de ceux qui se sentent différents et qui ne savent pas pourquoi

Pour ceux qui se sentent différents et qui ne savent pas pourquoi, ou ne savent pas comment faire, pour ceux qui n’ont pas confiance en eux, pour ceux qui se sentent zèbres, pour ceux qui se sentent vulnérables de cette différence, pour ceux qui se sentent hypersensibles…

… voici un manuel en mode BD qui donne des clés de fonctionnement et des ressources pour s’y retrouver et avoir plus de confiance en soi.

Quelques témoignages spontanés de lectrices/lecteurs : « Une vraie mine d’or! », « à la fois simple et d’une grande richesse », « entre hilarement et soulagement », « simple, clair, synthétique, efficace, juste, c’est EXTRAORDINAIRE ! MILLE MERCIS. »

En voici les quelques pages du début, il n’est actuellement plus disponible à la vente, le stock édité étant épuisé.

NB : J’utilise les termes de zèbres ou haut potentiel, comme une  moyen de reconnaitre un fonctionnement, et en même temps dans une manière ouverte avec des frontières qui sont poreuses  et des formes multiples, liées à la singularité de l’expression du vivant de chacun.  Merci de ne pas prendre ces « cases » comme une logique enfermante mais plutot  comme un élément de lecture et décryptage pour nommer, avant peut-être aller explorer plus loin ou ailleurs.

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La compréhension passe par le corps

Pourquoi passer par le jeu ludique pour apprendre à être et faire ensemble?

Dès le plus jeune âge, c’est par le corps que nous apprenons : c’est par le fait d’être porté que nous appréhendons la gravité, c’est par l’intérêt de ce qui se passe devant nos yeux que nous nous levons, c’est en répétant, répétant et répétant dans notre corps les actions (attraper avec sa main, marcher, puis  plus grand se laver les dents..) qu’elles deviennent automatiques et faciles à réaliser. C’est comme cela que nous créons nos habitudes de fonctionnement, dans notre tête et dans notre corps. Et la bonne nouvelle, c’est que si elles ne nous conviennent plus, nous pouvons les changer!

Dès 1937, Mabel Todd, qui étudiait les postures à travers la mécanique du corps, énonçait, dans son ouvrage Le Corps Pensant : « Souvent, le corps traduit ce que la langue refuse d’énoncer. Ce n’est qu’en comprenant comment les matériaux du corps réagissent aux forces de la vie que nous pourrons mieux nous adapter à elles dans la pensées. Changer d’attitudes corporelles est une manière de changer d’attitudes mentales. Et inversement. S’engager dans de tels changements ouvre la voie à une plus grande liberté d’action et une meilleure protection du vivant ».

Ainsi, notre corps et notre fonctionnement mental, émotionnel sont intimement liés.  Petit test : si assis, vous laisser vos épaules tomber vers l’avant et votre dos s’affaisser, comment vous sentez vous?

Et si maintenant, toujours assis, vous laissez votre bassin se détendre sur votre chaise, et vous réouvrez légèrement vos épaules vers l’arrière, et relevez doucement la tête et le dos droits, dans l’alignement du bassin?. Voyez-vous une différence? une différence physique, mais aussi une différence d’état  d’esprit? d’ambiance émotionnelle?

Après ce petit test, nous pouvons voir combien nos habitudes physiques et nos habitudes de vie, de posture face à la vie sont liées. il n’y a pas de bonne ou mauvaise posture, il y a celle qui est adaptée, ajustée, à l’être que l’on est maintenant, et celle que l’on peut (ré)apprendre et qui va nous permettre de nouvelles possibilités.

C’est ainsi que dans l’apprentissage, celui qui engage tout l’être (jeu, sport, mouvement, jeu de rôle) permet une meilleure intégration, car par l’expérience, le corps peut sentir, ressentir  de nouveaux chemins, de nouvelles possibilités, et ainsi ouvrir la voie à de nouvelles manières d’agir et d’interagir.