Quitter la peur, oui mais comment faire? Des pistes par le corps et l’expression.

Dans le post précédent, je partageais à quel point nous avions besoin de nous libérer de nos peurs, qui nous empêchent de prendre tout notre pouvoir et de construire un monde résilient.

Très bien, mais… quand on a peur, on a peur. Et ça ne se décide pas de ne plus avoir peur. La bonne nouvelle, c’est qu’en laissant vivre notre ressenti dans le corps, dans un contexte sécurisé, on peut la transformer, puis transformer dans nos croyances, nos comportements, et changer nos repères intérieurs pour développer la confiance.

Alors voici quelques repères (non exhaustifs, et vus à travers mon filtre, issu de mon cheminement, de mes rencontres, échanges et lectures  – liste de ressources en bas de page) pour cheminer dans cette libération intérieure, vers la libération collective.

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  1. La peur est ancrée dans le corps => 1ère étape :  se connecter à ses sensations corporelles, à notre conscience corporelle. Plein de chemins existent pour gouter la conscience du corps en mouvement : on pourra citer certaines pratiques de mouvement en présence comme le yoga, le Qi Gong, les arts martiaux, la danse sous différentes formes…
  2. Une fois que l’on a ouvert la porte vers le corps, 2ème étape  :  apprendre à sentir son corps ici et maintenant et nouer un dialogue, une relation singulière avec lui.  Ici, il s’agit d’allier présence au corps en conscience, et apprentissage à partir de notre corps en mouvement et dans la relation au monde, de notre corps ressenti, de notre corps vécu. C’est notre corps lui-même qui nous enseigne et nous propose des chemins, des réponses qui sont au service de la vie. Les pratiques d’éducation somatique notamment ouvrent un champ qui permet d’aller rencontrer corps et conscience et de se réapproprier un processus d’apprentissage qui part du vécu : Feldenkrais, Body Mind Centering, Technique Alexander, Rolfing, certaines pratiques d’improvisation dansée, notamment le contact improvisation… Certaines pratiques de présence, comme par exemple le Focusing,  le systema ( art martial russe basé sur l’improvisation et l’écoute) ou la communication non violente (si elle passe par un aspect de présence corporelle)  viennent nourrir cet espace de conscience à ce qui est présent dans l’instant. Là est la clé : être avec ce qui est là, apprendre à l’accueillir avec curiosité et amour (voir la video d’Isabelle Padovani sur la « restabilité » comme ressource sur ce thème).
  3. Puis maintenant que nous sommes en lien avec ce qui est présent maintenant dans notre corps : 3ème étape : laisser le mouvement se faire, dans son chemin singulier. Ici il s’agit que le mouvement de peur qui n’a pu se terminer dans son expression et qui est resté stocké dans notre corps, dans nos tissus, puisse trouver un chemin pour s’exprimer,  qui fera résolution. C’est le mouvement de vie de notre corps qui s’exprime naturellement. Ici, en particulier, les pratiques de mouvement libre, improvisation, et conscients ouvrent cet espace : mouvement authentique, improvisation dansée, contact improvisation, mouvement régénérateur, danses thérapies… mais aussi l’expression par le dessin, l’écriture, ou toute autre forme créative sans intention peuvent permettre ce mouvement.
  4. Le mouvement se fait , et là s’ajoute une 4ème étape : il importe de mettre en lumière et de relier cela à son vécu au niveau mental, de mettre de la conscience, pour transformer nos croyances. Harmoniser le niveau mental, ce que l’on perçoit de soi, avec le niveau physique.  Ne plus croire que  » nous sommes comme-ci », ou « nous sommes comme cela ». Certains schémas de réponse nous ont sauvé la vie (ne pas sentir quand c’est trop intense pour que notre système cardiaque puisse le supporter, par exemple, a été utile), il importe maintenant de ne rester bloqué dans cette réponse, de ne pas croire que nous sommes cela, de les remercier, et d’apprendre à cultiver d’autres réponses, qui sont plus au service de qui nous sommes en tant qu’adulte réémergé de nos souffrances. Les pratiques qui lient le mental, les émotions et le corps sont d’une grande utilité à cet instant : Life/Art Process, danse thérapie, ou thérapies qui engagent le vécu corporel, notamment via les émotions. Les émotions sont alors comme une balise, un gps pour nous indiquer le chemin entre le corps et le mental et vice-versa.
  5. 5ème étape, qui se fait peu à peu : la peur s’est exprimée, et à ce moment là, il importe de construire de nouvelles habitudes de comportements, physique et mental. Cela se fait en écoutant, ressentant et observant, en étant témoin de notre nouvelle manière d’agir , de notre créativité qui émerge de notre corps, dans une situation où il y aurait les mêmes stimuli. Voir que l’on construit de nouvelles compétences et que notre réponse est de plus en plus adaptée à la situation.  Ici, on pourra citer entre autres comme ressources les pratiques d’éducation somatiques , le Life/Art Process, le systema ( art martial russe dont les réponses sont liées à l’écoute et l’improvisation)  ou les thérapies dans l’ici et maintenant, engageant le corps en lien avec le mental et l’émotionnel comme la gestalt thérapie. C’est la phase où l’on peut aussi essayer, cultiver dans notre corps/esprit une nouvelle manière de répondre en essayant consciemment d’autres chemins, dans des situations où la peur est ressentie mais pas réelle, comme dans un studio de danse. L’occasion d’essayer de nouvelles réponses sans être en danger, comme dans un jeu, avec notre conscience présente et au fur et à mesure devenir de plus confiant.

Toutes ces étapes se font par chevauchements, aller-retours, entremêlements, comme une spirale centripète et se déroulent dans un ordre qui est propre à notre corps, qui porte un vécu singulier.

Cette sortie physique de nos blocages qui propose d’aller rencontrer notre peur peut nécessiter d’être accompagnée. Tout seul, la peur peut nous couper de nous, nous figer. Recevoir de l’attention et de l’amour à l’endroit où nous sommes restés blessés ouvre un écrin pour accueillir la transformation . Être vu(e), être accueilli(e) dans nos vulnérabilités, par quelqu’un avec qui nous sommes dans un cadre dans lequel nous nous sentons en sécurité, est souvent d’un grand soutien et nous permet au delà de nous sentir accueilli, de prendre de la distance, de développer un « témoin intérieur ».  Ici un cadre thérapeutique peut-être soutenant, dans des thérapies qui engagent le corps et l’accueil bienveillant par la présence au cœur, et aussi les pratiques de corégulation (s’offrir d’être vu en échange dans un protocole clair et un cadre équivalent en temps, dans notre mouvement, dans qui nous sommes, un apprentissage de se dire en présence de l’autre, et de voir l’autre tel qu’il est), comme dans la pratique du mouvement authentique, ou la pratique de la réévaluation par la co-écoute.

 

Et puis et puis, prendre conscience que « nous ne sommes pas nos histoires de vie » (voir Deborah Dana, théorie polyvagale, plus bas). Oui notre système nerveux a réagi à ce moment là de cette manière là, car c’est la meilleure manière qu’il a trouvé pour sauver tout le monde, corps et esprit, dans ce moment-là, mais d’autres solutions sont possibles. Bien souvent nous ne les voyons pas, noyés dans nos détresses et nos habitudes, il suffit de laisser l’espace au corps de décharger, de terminer le mouvement, pour que nous entrevoyons d’autres possibilités, pour que nous retrouvions peu à peu la lucidité et notre capacité d’action à partir d’un espace clair et serein, en lien avec notre vécu.

 

« Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme. »

Invictus – William Henley

 

Ressources, entre autres et j’en oublie sans doute :

Bibliographiques :

  • Janet Adler  » Vers un corps conscient, la discipline du mouvement authentique », éditions Contredanse
  • Bonnie Bainbrige Cohen  » Sentir, ressentir, agir », éditions Contredanse
  • Ouvrage collectif  » de l’une à l’autre, composer, apprendre, et partager en mouvements », éditions Contredanse
  • Daria Halprin  » La force expressive du corps », éditions le Souffle d’Or
  • Peter Levine  » Réveiller le tigre » sur le trauma, éditions InterEditions
  • Laurence Heller/Aline Lapierre  » Guérir les traumatismes du développement », éditions InterEditions
  • article « Théorie polyvagale , guide du débutant« , Deborah Dana
  • Eugene Gendlin  » le focusing, au centre de soi », éditions de l’Homme

Pratiques :

Autres :

 

N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou à me contacter pour en discuter ou si vous avez envie d’expérimenter dans une séance individuelle.

Une réflexion sur « Quitter la peur, oui mais comment faire? Des pistes par le corps et l’expression. »

  1. Oui j’ai fait une très belle séance hier à ce sujet avec Alice qui propose un cadre que j’ai trouvé très sécure, confiant avec une écoute fine et pertinente. Ça m’a bien aidé à traverser et transformer. Merci Alice !! 😀
    Gros bisous

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