Construire une sécurité intérieure

Dans le post précédent ( quitter la peur, des pistes par le corps et l’expression), j’évoquais comme hypothèse que pour se libérer de la peur, c’était l’accueil de ce qui est présent dans le ressenti et le laisser faire dans le mouvement qui permettaient de laisser la peur se dissoudre. Un accueil plein d’amour et de curiosité, comme un parent bienveillant avec son jeune enfant le ferait.

Dans l’accueil de ces peurs, nous nous ouvrons à nos espaces de vulnérabilité.

La rencontre de ces espaces ne peut se faire que dans des conditions où nous nous sentons en sécurité, où nous pouvons nous détendre, ne serait-ce que d’un petit pourcentage. L’endroit où parfois le soupir arrive, où la détente s’invite, où la vigilance tendue peut se relâcher.

Si nous nous sentons confiant, en lien avec nous-mêmes, en sécurité, nous pouvons faire l’expérience de cette sensation de peur, l’accueillir, en solo. Il suffit alors d’ouvrir son attention à ce qui présent, de faire de l’espace, accueillant, plein d’amour et curieux, et d’être témoin de ce ressenti et de ce mouvement, qui agit au delà de notre volonté, dans nos cellules. Nos cellules savent très bien suivre le courant de la vie, de la vitalité. En témoigne tout le mystérieux processus du vivant qui fait que nous sommes issus de 2 cellules qui se rencontrent, puis s’attirent, puis créent un contour, puis font de l’espace, puis s’attirent, créent un contour, font de l’espace…et nous voilà adultes… Les pratiques méditatives, en immobilité ou en mouvement sont un excellent support pour aller à cette rencontre de cet accueil et de cet espace.

Mais quand à l’intérieur, nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité avec nous-mêmes ? Cela peut se traduire par un stress latent,  de l’hyperactivité, de l’hypoactivité, de la confusion, une dévalorisation ou un manque de confiance en soin, de l’autosabotage…), c’est que le soutien intérieur n’est pas encore construit ou a été ébranlé par un évènement dans notre vie.

Il n’y a que nous-même qui puissions SENTIR si nous nous sentons en sécurité, si nous nous sentons suffisamment bien, pour nous ouvrir à cette vulnérabilité. Cela est un ressenti, et pas une logique qui devrait être rationnelle. C’est notre système nerveux autonome qui nous le fait sentir et nous n’avons pas de prise la dessus au niveau de notre pensée. Et c’est là, dans cet endroit de confiance,  où nous pourrons nous abandonner à ce ressenti. Ce n’est qu’à partir de cet endroit là que nous pourrons nous ouvrir au ressenti de la peur, et aux mouvements qui en émerge.

Alors peut se mettre en place un cheminement, pour reconstruire cette sécurité intérieure.

Dans ce cheminement, la première étape, préalable à toute chose est de goûter le support, le soutien.  Ce qui nous soutient est dans notre lien à notre environnement. A la fois physique : comment nous pouvons nous déposer, nous détendre, dans un repos, sentir comment la terre nous porte dans un rapport à la gravité ( voir relaxation  » être accueilli par la terre« ). Mais s’incarne aussi dans le relationnel, en lien avec une personne qui pourra être notre témoin, nous voir avec amour, neutralité et bienveillance. Là, nous pourrons faire l’expérience à la fois de rester présents à nos sensations, peut-être commencer à nous détendre, en relation, et aussi, du soutien que l’on peut sentir dans une relation. Il ne s’agit pas d’agir par la volonté, mais de vivre ce soutien, de s’autoriser à le ressentir, de gouter intérieurement peu à peu, pas à pas… Et cela se fera uniquement si notre système nerveux autonome le sent, au delà de notre envie ou de notre analyse ou rationalisation.

« A force de ne pas être suffisamment vu, ou vu avec suffisamment de tolérance, d’amour, de conscience, demeure en nous, une fois adultes, le désir d’être vu par l’autre. Il existe, en occident notamment, un besoin profond d’être vu tels que nous sommes, dans la simplicité de nos actes. Nous y parvenons parfois, lorsque nous sommes prêts à grandir dans l’amour, le pardon, dans l’acceptation de nous-mêmes et des autres. » ( Janet Adler). Voilà de quel type de soutien relationnel il s’agit.

C’est là que notre système nerveux autonome goûte alors la sécurité. Cela se fait par capillarité, par écho, par contamination avec un autre système nerveux régulé. Peu à peu nous apprenons à faire confiance, à nos ressentis, sous le regard bienveillant d’une autre personne. Et peu à peu nous faisons grandir notre témoin intérieur, celui même qui nous permet de construire une confiance en nous.

« Le témoin intérieur apprend à accompagner le corps dans les formes que va prendre le soi en mouvement, découvrant peu à peu sa vérité. Il apprend à reconnaître ce que le corps sait directement. Le corps est notre sensation, l’émotion que nous ressentons. Le corps est notre expérience de nous-mêmes, le temple dans lequel brûle la lumière de notre esprit » (Janet Adler).

Tranquillement, peu à peu, pas à pas, un soutien intérieur, c’est à dire une confiance en nos ressentis et nos capacités d’agir et être au monde vont s’installer. Peu à peu nous aurons de moins en moins besoin de la relation extérieure bienveillante  pour faire miroir à la bienveillance et à l’amour habitent en nous, et pourrons goûter la confiance et la sérénité. Peu à peu, nous pourrons transférer ces nouvelles compétences, ces nouvelles ressources, dans notre vie quotidienne, en nous confrontant aux aléas de la vie, et observer que nous pouvons plus oser nous exprimer, prendre des risques, dire nos limites, et constater que nous arrivons à nous ressourcer.

Je crois que nous avons profondément besoin les uns des autres pour grandir ensemble, sortir de nos peurs, nos manques de confiance. Offrons-nous de vivre des pratiques, des espaces où nous partageons bienveillance et accueil plein d’amour. De nombreuses pratiques existent dans ce sens, où l’espace du cœur est présent. Et cela me semble un véritable atout pour construire un monde plus résilient.

Dans ces pratiques, un cadre contenant et clair permet que chacun puisse s’autoriser à se déposer et à se dire, dans un espace bienveillant et sécurisant. Nous avons besoin de reconstruire ces habitudes de voir sans jugement, que ce soit nous-même ou l’autre, car nous n’y sommes pas habitués dans notre société et dans notre système éducatif. Petit à petit, ces habitudes se construisent en nous, et le cadre pourra devenir de plus en plus flexible, jusqu’à ce qu’il soit de plus en plus intégré intérieurement.

Je citerai comme ressources quelques pratiques que j’ai traversées,  que ce soit des pratiques thérapeutiques, de corégulation ou d’espaces de connexion à soi, avec  un témoin engagé dans la présence au corps et à l’expression de soi :  communication non violente, le dialogue des multiples aspects intérieurs, le mouvement authentique, réévaluation par la coécoute, mais aussi dans certaines pratiques de mouvement improvisées qui explorent selon les praticiens avec témoin ( Life/Art Process, contact improvisation…). On peut aussi trouver des résolutions dans cette confiance à l’autre  et en soi dans des pratiques de vie collective, que l’on peut vivre dans des espaces corporels comme dans les pratiques somatiques, ou dans des espaces plus en lien avec la vie sociale comme dans la sociocratie,  l’holacratie, ou des expériences anarchistes, ou encore dans ce qu’on appelle la permaculture humaine.

Bonnes explorations à vous!

 

Liens ressources en écho :

 

 

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